Méthodologie
Pesticides

Règles de calcul des indicateurs sur l'usage de pesticides pour le secteur agricole.

Trois indicateurs mesurent la dépendance aux pesticides : la Quantité de Substances Actives (QSA), le NOmbre de Doses Unités (NODU) et le NODU normalisé.

Pourquoi des indicateurs sur l'utilisation des pesticides ?

Symboles de l'industrialisation des pratiques, les pesticides sont devenus indispensables à l'agriculture en France aujourd'hui. D'un point de vue agronomique, la grande homogénéité des systèmes agricoles et les faibles niveaux de biodiversité sauvage favorisent les « bioagresseurs » (insectes, champignons pathogènes, etc.) et limitent leur régulation naturelle. D'un point de vue économique, la concurrence internationale, le faible prix des marchandises agricoles et la non prise en compte des coûts sanitaires et environnementaux incitent mécaniquement les exploitations à maximiser les volumes de production à l'aide des pesticides. Si les pesticides, en tant qu'outils à disposition des agriculteurs pour faire face à la propagation brutale d'un bioagresseur, pourraient être perçus comme un facteur de résilience, la dépendance structurelle de notre modèle agricole à leur utilisation est au contraire source de vulnérabilité. Leur usage massif et systématique entretient un cercle vicieux qui les rend toujours plus indispensables : les bioagresseurs résistants sont naturellement sélectionnés et la toxicité des substances dégrade les fonctions de régulation remplies par les espèces sauvages. De plus, leur fabrication dépend de ressources fossiles en voie d'épuisement et est contrôlée par une poignée de multinationales en situation d'oligopole, plongeant les agriculteurs dans une situation de dépendance risquée au vu de l'augmentation des tensions économiques et politiques à venir.

Pour de plus amples détails sur la méthodologie utilisée, voir le document d'élaboration de cette méthodologie.

Quantité de Substances Actives (QSA)

La Quantité de Substances Actives correspond à la quantité totale, en kg, de substances actives.

Les substances actives contenues dans les pesticides vendus sont classées selon leur niveau de toxicité. Avant 2015 la classification était la suivante :

  • T, T+, CMR : substance toxique, très toxique, cancérogène mutagène reprotoxique
  • N minéral : substance minérale dangereuse pour l'environnement
  • N organique : substance organique dangereuse pour l'environnement
  • Autre : autre substance

À partir de 2015 : les substances classées CMR 2 (supposés) sont intégrées dans la catégorie « T, T+, CMR » alors qu'elles étaient auparavant catégorisées « N organique ».

À partir de 2019 la nomenclature de la classification est modifiée :

  • CMR : substance toxique, très toxique, cancérogène mutagène reprotoxique
  • Santé A : toxicité aiguë de catégorie 1, 2 ou 3 ou toxicité spécifique pour certains organes cibles, de catégorie 1, à la suite d'une exposition unique ou après une exposition répétée, soit en raison de leurs effets sur ou via l'allaitement
  • Env A : toxicité aiguë pour le milieu aquatique de catégorie 1 ou toxicité chronique pour le milieu aquatique de catégorie 1 ou 2
  • Env B : toxicité chronique pour le milieu aquatique de catégorie 3 ou 4
  • Autre : autre substance

Dose Unité (DU)

La DU (Dose Unité), en kg/ha, correspond à la dose maximale autorisée pour traiter un hectare. Elle reflète en ce sens la puissance des substances actives. Remarque : certaines substances n'ont pas de DU.

Nombre de Doses Unités (NODU)

Le NODU (NOmbre de Doses Unités), en hectares, est calculé pour chaque substance active en faisant le ratio de la QSA avec la DU de la substance active. Le calcul du NODU permet donc de comparer et d'additionner des substances actives qui n'ont pas le même impact à quantité égale utilisée. La méthodologie de calcul est décrite au travers de celle du NODU normalisé ci-dessous.

Les substances sans DU n'ont de facto pas de NODU.

Nombre de Doses Unités normalisé (NODU normalisé)

Le NODU normalisé, grandeur adimensionnelle, est calculé en faisant le ratio entre le NODU et la surface agricole utile (SAU) totale du territoire. Il peut s'interpréter comme le nombre moyen de traitements de pesticides par an et par hectare épandus à la dose maximale autorisée. Il permet de faire des comparaisons entre territoires et/ou périodes temporelles différentes.

Cet indicateur étant calculé à partir du NODU présenté plus haut, il ne tient compte que de certaines substances actives. De plus, étant calculé sur base de la SAU totale, il peut cacher des sur-dosages locaux.

Données d'entrée

Les indicateurs utilisent la base de données BNVD (Banque Nationale des Ventes de produits phytopharmaceutiques par les Distributeurs agréés) donnant les achats de produits phytosanitaires avec les Quantités de Substances Actives achetées (Office Français de la Biodiversité, 2015 à 2022) qu'ils contiennent par code postal de l'acheteur ; les Doses Unités des substances actives (Ministère de l'Agriculture et de la souveraineté alimentaire, 2017 à 2024) ; et les Surfaces agricoles utiles issues du Recensement Agricole (Agreste, 2020).

Méthode de calcul

Les étapes du calcul sont les suivantes :

  1. Import des doses unitaires : utilisation des DU décrites dans les arrêtés de 2017 à 2024 en choisissant la version la plus récente par substance active.
  2. Import des QSA par code postal acheteur et département sur l'ensemble des années considérées en incluant toutes les substances sauf celles appartenant à la classification Autre.
  3. Calcul des NODU par substance via la formule NODU = QSA / DU. Il n'est donc disponible que pour les substances disposant d'une DU.
  4. Calcul du QSA_avec_DU, QSA_sans_DU et NODU total (toutes substances confondues sauf classées Autre) :
    1. au niveau des communes : la répartition depuis le code postal vers les communes est faite au prorata de la SAU de chaque commune (cas des codes postaux couvrant plusieurs communes) ;
    2. au niveau des EPCI et des regroupements de communes (ex : PAT) : le calcul est fait par somme des résultats obtenus au niveau des communes ;
    3. au niveau des départements : les résultats sont directement importés des données départementales ;
    4. au niveau des régions et de la France hexagonale : le calcul est fait par somme des résultats obtenus au niveau des départements.
  5. Calcul du NODU_normalisé pour chaque année et chaque territoire (communes, EPCI, regroupements de communes, département, région, pays), via la formule : NODU_normalisé = NODU / SAU.
  6. Calcul du QSA_avec_DU, QSA_sans_DU, du NODU et du NODU_normalisé de l'année n par moyenne sur les années n, n-1 et n-2.

Les résultats sont donc donnés :

  • pour les EPCI, autres regroupements de communes (PAT, PNR…), départements, régions, France entière ; le tout hors DROM ;
  • en moyenne triennale (valeur année n = moyenne des années n, n-1 et n-2 ; par exemple 2019 correspond à la moyenne 2017, 2018 et 2019) ;
  • toutes substances non classées Autre confondues.

Limites

La BNVD renseigne sur les achats de produits phytosanitaires, pas sur leur utilisation effective. En conséquence :

  • les produits peuvent être utilisés ailleurs que le code postal d'achat renseigné, qui est lié à la domiciliation de l'acheteur (exemple des centrales d'achat, des exploitations agricoles dont le siège n'est pas localisé dans la même commune/EPCI que les parcelles) ;
  • les achats peuvent concerner des produits de traitement des récoltes pour leur stockage (produits non épandus dans les champs) ;
  • les achats peuvent concerner des produits à usage non agricole (services de voiries des mairies ou de la SNCF). Ces usages n'ont pu être exclus pour les raisons suivantes : l'absence de données d'usage de la base ANSES pour de nombreux produits ; l'usage mixte de nombreux produits (ex. TOUCHDOWN FORET contenant du glyphosate utilisé par la SNCF : sur 22 usages, seuls 2 ont pour cible les voies ferrées) ;
  • les substances actives peuvent se trouver dans des produits importés (semences, fourrages, aliments…).

Les produits peuvent être utilisés après l'année d'achat (effet de stockage). La moyenne triennale permet de lisser cet effet.

Toutes les substances actives ne sont pas prises en compte car les arrêtés d'où elles proviennent ne sont pas exhaustifs ou trop compliqués à appliquer exactement :

  • ils référencent les substances via leur nom sans leur numéro CAS. Si l'orthographe est différente de celle utilisée dans la BNVD, la correspondance ne peut pas être réalisée hormis via un travail manuel chronophage. L'utilisation de la base de données des substances actives de l'ANSES (e-phy), qui contient pour chaque substance un numéro CAS et des variants de noms, ne peut être utilisée car pour certaines substances, les variants proposés ne correspondent parfois pas à la même molécule mais à une molécule de la même famille (ex. glyphosate associé aux variants glyphosate sel monosodium, glyphosate sel de diméthylamine, glyphosate sel d'ammonium…) qui n'a peut-être pas la même DU. Pour pallier ces limites, le choix a été fait d'exclure les substances classées dans « Autre », car c'est le groupe pour lequel il manque le plus de DU. Une partie des achats n'est donc pas prise en compte, ce qui a pour conséquence de sous-estimer les valeurs de NODU ;
  • depuis l'arrêté de 2021, une distinction entre usages pour/hors traitement de semences est faite pour le calcul des doses unités. Cependant, comme on ne peut pas toujours distinguer les substances actives selon leur usage (un produit peut être utilisé pour les deux usages) et que leur usage ne représente que 0,6 % des quantités vendues en 2022, il a été décidé de ne pas utiliser les doses unités pour l'usage de traitement de semences ;
  • depuis l'arrêté de 2023, une distinction entre substances approuvées et non approuvées est faite. Les doses unités de toutes les substances sont cependant retenues.

La SAU utilisée inclut les prairies permanentes qui sont pourtant les surfaces sur lesquelles sont peu épandus de pesticides. Cependant, aucune donnée fiable et complète n'est disponible : le recensement de 2010 ne donne pas les valeurs pour toutes les communes du fait du secret statistique ; le RPG sous-estime les surfaces agricoles en général, notamment les zones viticoles fortes consommatrices de pesticides. Le choix a été fait d'utiliser la SAU totale issue du recensement agricole 2020 qui est exhaustive pour les communes. Quand les données plus détaillées du RA 2020 seront publiées, il sera possible de retirer la SAU toujours en herbe pour les communes non soumises au secret statistique.

Malgré les limites décrites ci-dessus, cette approche présente l'avantage de se baser sur des quantités réelles de produits vendus. D'autres initiatives intéressantes existent sur le sujet, notamment la carte Adonis produite par SOLAGRO sur la base d'une méthodologie différente.

Calcul de la note globale pour la dépendance aux pesticides

La note est basée sur l'indicateur NODU_normalisé. La distribution des valeurs de cet indicateur pour les départements permet d'obtenir le seuil du troisième quartile (Q3), pour calculer la note comme suit :

  • si NODU_normalisé = 0 alors note = 10
  • si NODU_normalisé = 1 alors note = 5
  • si NODU_normalisé > max(Q3, 2) alors note = 0
  • si NODU_normalisé est entre ces seuils, la note est obtenue par interpolation linéaire