Méthodologie
Règles de gestion pour le maillon Intrants
Les indicateurs de dépendance à l'énergie
Pourquoi des indicateurs sur la consommation d'énergie du secteur agricole ?
Un système alimentaire, considéré du point de vue de l’énergie, est un système qui fournit aux humains de l’énergie contenue dans les produits alimentaires grâce aux transformations de matières permises par l’énergie solaire (photosynthèse) et l’énergie utilisée à chaque étape du processus de production, transformation et distribution des produits alimentaires.
Cette dernière peut avoir des sources différentes : le carburant pour les machines agricoles et les camions de transport, l’électricité pour le chauffage, l’éclairage des bâtiments d’élevage, etc.
Aujourd’hui, ces sources d’énergie sont essentiellement fossiles. Cette situation est la conséquence de la révolution agricole des pays du Nord au tournant des années 60. Elles sont passées d’une origine animale (traction animale, force humaine) à fossile, grâce à la disponibilité en pétrole et en gaz et le développement conjoint du machinisme agricole et des engrais de synthèse.
Constatant depuis des années la volatilité des prix des énergies fossiles, et n’ayant pour seule perspective leur raréfaction générale, le développement d’un indicateur de dépendance pour le système alimentaire français paraît nécessaire tant pour évaluer la menace que pour sensibiliser à cet enjeu majeur. Les conséquences lourdes de la guerre en Ukraine sur les approvisionnements en engrais et ses prolongements dans les prix des denrées agricoles montrent que la dépendance énergétique du secteur agricole est bel et bien un enjeu de sécurité alimentaire. D’ici 2050, la production de pétrole des principaux fournisseurs de l’UE aura baissé de moitié (source : rapport The Shift Project 2022). Il faut donc s’attendre à une diminution sérieuse des approvisionnements.
Périmètres des indicateurs
Les postes d’énergie suivant sont estimés :
- Énergie directe : carburants pour les machines agricoles, chauffage des bâtiments d’élevage, chauffage des serres, irrigation.
- Énergies indirectes : production du matériel agricole, des engrais azotés, de l’alimentation importée de l'étranger pour le bétail.
L'énergie est dite indirecte quand elle concerne un produit qui n'est pas directement utilisé comme source d'énergie – un carburant par exemple – mais en a nécéssité pour le produire. Les engrais azotés de synthèse sont ainsi une énergie indirecte et désignent l'énergie qu'il a fallu pour les produire.
Ces postes couvrent 90% de la consommation totale à l'échelle de la France. Les 10% restants rassemblent par exemple le séchage et la conservation des produits agricoles ou la production des produits phytosanitaires.
Les résultats sont exprimés en énergie primaire (EP) car cela permet de comparer et sommer les énergies directe et indirecte (qui est forcément exprimée sous forme d’énergie primaire).
Principe de calcul des indicateurs
Le calcul des différents postes de consommation d'énergie est largement adaptée de la méthodologie Climagri développée par l' ADEME . Cette adaptation a été réalisée avec l'aide précieuse de SOLAGRO .
Carburants pour les tracteurs
Données d'entrée
- Surfaces agricoles utiles issues du Registre Parcellaire Graphique (IGN, 2023) [ha]
- Coefficients de consommation énergétique par catégories de cultures issus de Climagri (ADEME) [L/ha]
- Coefficient de conversion d’un litre de carburant en énergie primaire issus de Climagri (ADEME) [GJ/L]
Méthode de calcul
- Calcul de la consommation de carburant pour chaque surface de culture :
consommation [L] = SAU de la culture [ha] * coefficient de consommation [L/ha] - Agrégation par communes
- Conversion en énergie primaire en utilisant le coefficient de conversion :
énergie [GJ] = consommation [L] * coefficient de conversion [GJ/L] - Agrégation aux échelons supérieurs
Limites
Les pratiques culturales (labour, semis direct...) ne sont pas prises en compte. Les coefficients utilisés reflètent donc des pratiques moyennes en France.
Matériel agricole
Le principe de calcul est exactement le même que pour les carburants des tracteurs en utilisant d'autres coefficients de consommation énergétique.
Irrigation
Données d'entrée
- Prélèvements annuels d’eau utilisés en irrigation non gravitaire par territoires [m³]
- Coefficient de consommation énergétique moyen de l’irrigation issu de Climagri (ADEME) [kWh/m³]
- Coefficients de répartition par sources d’énergie (électricité vs fioul) issus de Climagri (ADEME) [%]
- Coefficients de conversion des sources d’énergie entre énergies finale et primaire issus de Climagri (ADEME) [GJ/GJ]
Méthode de calcul
- Calcul de la consommation énergétique finale :
consommation [GJ] = volume_irrigation_hors_gravitaire [m³] * coefficient_consommation_energetique_irrigation_hors_gravitaire [kWh/m³] * coefficient_conversion_energie [GJ/kWh] - Ventilation par sources d’énergie
- Conversion en énergie primaire
Limites
Il n’y a pas de données de répartition des systèmes d’irrigation à l’échelle de la France ou plus fin, et pas de corrélation évidente avec les cultures. En conséquence on utilise un coefficient qui correspond à la moyenne France, calculé sur base des volumes d’irrigation totaux par types d’irrigation hors gravitaire estimés dans le diagnostic Climagri France.
Chauffage des serres
En France, les cultures sous serres chauffées concernent surtout une partie des surfaces de tomates, de concombres, de fraises, de melons et de l’horticulture. On distingue essentiellement deux types de serres chauffées : les serres en maraîchage (utilisées surtout pour les tomates et concombres) qui consomment entre 200 et 400 kWh/m² et les tunnels hors gel (utilisés surtout pour les fraises, melons) qui consomment plutôt autour de 25 kWh/m². Seule l’énergie utilisée pour le chauffage des serres en maraîchage pour les tomates et concombres est évaluée, faute de données disponibles pour les fraises, melons et l’horticulture. On estime que la consommation énergétique de ces derniers représente une part inférieure à 20% du total (source : diagnostic Climagri France).
Données d'entrée
- Surfaces de serres chauffées pour les tomates et concombres par départements issues de l'Étude CTIFL (CTIFL, 2016) [m²]
- surfaces agricoles productives [ha]
- Consommations moyennes des serres (chauffage + électricité) par zones géographiques issus de l'Étude CTIFL (CTIFL, 2016) [kWh/m²]
- Coefficients de conversion des sources d’énergie entre énergies finale et primaire issus de Climagri (ADEME) [GJ/GJ]
Méthode de calcul
- Calcul de la consommation énergétique pour chaque source d’énergie au niveau départemental :
consommation [GJ] = surface_serre [ha] * 10 000 [m²/ha] * coefficient_consommation_energetique_finale [kWh/m²] * coefficient_conversion_energie [GJ/kWh] - Conversion en énergie primaire
- Calcul aux échelons supérieurs (pas de répartition infra-départementale)
Limites
L’estimation ne concerne que les concombres et tomates et n’est pas disponible à l'échelle infra-départementale.
Bâtiments d’élevage : chauffage & climatisation, électricité et fioul hors chauffage
Données d'entrée
- Cheptels [têtes]
- Coefficients de consommation énergétique pour le chauffage des bâtiments par catégories d’animaux issus de Climagri (ADEME) [kWh/tête]
- Coefficients définissant le mix énergétique pour le chauffage des bâtiments par catégories d’animaux issus de Climagri (ADEME) [%]
- Coefficients de consommation énergétique d'électricité des bâtiments d’élevage par catégories d’animaux issus de Climagri (ADEME) [kWh/tête]
- Coefficients définissant le mix électrique France issus de Climagri (ADEME) [%]
- Coefficients de consommation énergétique de fioul des bâtiments d’élevage pour chaque catégorie d’animaux issus de Climagri (ADEME) [L/tête/jour]
- Temps de présence moyen en bâtiment d’élevage pour chaque catégorie d’animaux issus de Climagri (ADEME) [jour]
- Coefficients de conversion des énergies finale vers primaire issus de Climagri (ADEME)
Méthode de calcul de la consommation énergétique du chauffage
- Conversion des données de cheptel Agreste en données de cheptel Climagri. Pour cela, on utilise la répartition fine des différentes catégories d'animaux du RA 2020 (total France métropolitaine) pour reconstituer chaque catégorie Climagri à partir d’une ou plusieurs catégories Agreste.
- Calcul de la consommation énergétique totale pour chaque catégorie d’animaux Climagri par multiplication des cheptels avec les coefficients d’énergie
- Ventilation par source d’énergie en utilisant les coefficients de mix énergétique
- Conversion en énergie primaire en utilisant les coefficients de conversion
Méthode de calcul de la consommation d'électricité hors chauffage (machines de traite et autres machines, éclairage...)
Même principe que précédemment en utilisant les coefficients de consommation énergétique pour l’électricité en bâtiments d’élevage et le mix électrique de la France.
Méthode de calcul de la consommation de fioul des bâtiments d’élevage (carburant consommé par les véhicules, notamment pour le transport de la nourriture)
Même principe que précédemment en utilisant les coefficients d’énergie pour la consommation de fioul des bâtiments d’élevage et les temps de présence moyens des animaux.
Engrais azotés
Données d'entrée
- Besoins en azote minéral de synthèse pour chaque commune obtenu par le modèle MacDyn-Fs [kgN/an]
- Ventes d'engrais azotés de synthèse (UNIFA, Campagnes 2017/2018, 2018/2019 et 2019/2020) par types d'engrais [tN/an]
- Coefficients de consommation énergétique par types d’engrais issus de Climagri (ADEME) [GJ/tN]
Méthode de calcul
- Calcul d’un coefficient de coût énergétique moyen de fabrication des fertilisants azotés (tous types confondus) [GJ_EP/tN] :
- Calcul de la part de chaque type d’engrais dans le total des ventes en utilisant les statistiques globales au niveau France (pour s’affranchir des biais liés à la différence entre lieux d’achat et lieux d’utilisation) et en lissant les résultats sur 3 ans (pour réduire l’effet de stock) [tN]
- Calcul de la moyenne des coûts énergétiques pondérée par les tonnages par types d’engrais [GJ/tN]
- Calcul du coût énergétique total par communes par multiplication des besoins en azote minéral de la commune avec le coût énergétique moyen [GJ]
- Calcul aux échelons supérieurs
Alimentation animale importée de l’étranger
Données d'entrée
- Importations nettes de nourriture par communes et par groupes d’aliments provenant du modèle MacDyn-FS [kgN]
- Importations nationales de nourriture de l’étranger par types d’aliments (FAOSTAT - échelle France - valeur de 2020) [tonnes de matière brute, tMB]
- Coefficients de consommation énergétique liée à la production de nourriture animale à l’étranger par types d’aliments issus de Climagri (ADEME) [GJ/tN]
- Importations nationales de nourriture de l’étranger par types d’aliments (FAOSTAT - échelle France - valeur de 2020) [tonnes de matière brute, tMB]
- Correspondances entre les différentes typologies d’aliments : classifications EFESE (groupes d’aliments: fourrages, concentrés énergétiques, concentrés protéiques), Climagri et FAOSTAT (types d’aliments: colza grain, tourteaux de soja…)
Méthode de calcul
- Estimation de l’importation nette de nourriture animale depuis l’étranger en azote au niveau des communes par groupes d’aliments [tN] :
- Pour cela, on calcule le total France des importations nettes de nourriture des communes par groupes d’aliments = solde d’importation
- Pour chacun des groupes d’aliments, si le solde est positif (ie que l’on a besoin d’importer de l’étranger), on calcule le même total que précédemment mais pour les communes dont les importations sont positives = total d’importation
- On en déduit la part des importations nettes des communes importatrices qui provient de l’étranger : part = solde d’importation / total d’importation
- Cette part est appliquée aux importations nettes pour obtenir les importations nettes depuis l’étranger
- Estimation des coefficients de consommation énergétique liée à la production de nourriture animale importée de l’étranger par groupes d’aliments [GJ/tN]:
- À partir des teneurs en azote par quantité de matière brute : on convertit les coefficients de consommation énergétique en GJ/tN et les importations nationales de nourriture de l’étranger par types d’aliments en tN
- On calcule finalement les coefficients énergétiques par groupes d’aliments en faisant la moyenne des coefficients par types d’aliments, pondérée par la part du type d’aliment dans le groupe d’aliment
- Estimation de la consommation énergétique liée à l’import de nourriture animale au niveau des communes par multiplication des importations nettes de nourriture animale depuis l’étranger par les coefficients énergétiques [GJ]
- Calcul aux échelons supérieurs
Calcul de l'indicateur Consommation d'énergie primaire de l'agriculture par hectare agricole
Cette indicateur est calculé sur base de l'ensemble des consommations calculées comme décrit ci-dessus :
consommation_energetique_primaire_par_hectare [GJ/ha] = ∑ consommations_energetiques_par_postes [GJ] / surface_agricole_utile [ha]
Calcul de la note globale pour la dépendance à l'énergie
La note est calculée à partir de l'indicateur consommation_energetique_primaire_par_hectare. La distribution des valeurs de cet indicateur pour les départements permet d'obtenir des seuils de référence : le minimum (min), le premier quartile (Q1), la médiane (Q2), et le troisième quartile (Q3). À partir de ces seuils les notes sont calculées comme suit :
si consommation_energetique_primaire_par_hectare = min alors note = 10
si consommation_energetique_primaire_par_hectare = Q1 alors note = 7.5
si consommation_energetique_primaire_par_hectare = Q2 alors note = 5
si consommation_energetique_primaire_par_hectare = Q3 alors note = 2.5
si consommation_energetique_primaire_par_hectare >= Q3 + 1.5 * (Q3 - Q1) alors note = 0
si consommation_energetique_primaire_par_hectare est entre 2 seuils, la note est calculée par interpolation linéaire
Les indicateurs de dépendance à l'eau
Indicateurs sur les volumes d'eau prélevés pour l'irrigation des cultures
Ces indicateurs sont calculés à partir des Prélèvements en eau pour l'irrigation (Eau France, 2012 à 2022) .
Calcul du volume d’eau utilisé pour l’irrigation par années en m³
Le calcul de cet indicateur est réalisé à partir des mesures de prélèvements annuels par ouvrage pour chaque année retenue (2012 à 2022) :
- pour chaque commune, calcul du volume brut prélevé par année à destination de l’irrigation, tel que mesuré au niveau des ouvrages :
- obtenu par somme des volumes prélevés pour l’usage IRRIGATION sur tous les ouvrages de la commune ;
- pour les communes sans données, le volume prélevé est positionné à 0 (voir les limitations des données Prélèvements en eau pour l'irrigation (Eau France, 2012 à 2022) ) ;
- calcul du volume prélevé pour l’irrigation pour les territoires supra-communaux hors regroupements de communes en faisant la somme des valeurs de chaque commune pour chaque année ;
- calcul du volume estimé de prélèvement au niveau de chaque commune. Pour cela le volume de prélèvements calculé au niveau de l’EPCI est reparti sur les communes, au prorata de la SAU productive hors prairies ;
- et enfin, calcul du volume prélevé pour l’irrigation pour les regroupements de communes en faisant la somme des valeurs de chaque commune pour chaque année.
Remarques :
- L'avant-dernière étape du calcul permet de modérer le biais sur les données de mesure qui ne permettent pas d’identifier finement la commune sur laquelle est effectivement située la parcelle irriguée du fait de la répartition géographique hétérogène des ouvrages.
- En conséquence, les valeurs obtenues pour les communes sont des estimations, et non des mesures. Elles peuvent différer des valeurs présentes dans les Prélèvements en eau pour l'irrigation (Eau France, 2012 à 2022) .
- Malgré cet ajustement, il est possible que le volume de prélèvements présenté au niveau de la commune - voire de l'EPCI - soit surestimé ou sous-estimé de manière significative, en particulier pour les territoires comportant des réseaux de canaux d'irrigation (ex: Pyrénées-Orientales, Bouches-du-Rhône, etc.). Voir les limites dans les Prélèvements en eau pour l'irrigation (Eau France, 2012 à 2022) .
Calcul du volume d’eau utilisé pour l’irrigation par années en mm ou m³/ha
La valeur en m³ est ramenée à une valeur en m³/ha ou mm, ce qui permet de proposer un indicateur comparable entre territoires :
irrigation_annee_n [mm] = (volume_irrigation_annee_n [m³] / sau_productive_hors_prairies [m²]) * 1000 [mm] irrigation_annee_n [m³/ha] = 10 * irrigation_annee_n [mm]
Calcul d’une valeur moyenne sur les cinq dernières années
Le calcul de la moyenne sur les 5 années les plus récentes permet de ramener les séries annuelles à une seule valeur et d’obtenir les indicateurs irrigation_m3 et irrigation_mm.
Calcul de la tendance de l’irrigation sur les années considérées
Une régression linéaire sur les mesures de l’indicateur irrigation_annee_n permet d’évaluer la tendance suivie par la série, que l’on peut ensuite exprimer en évolution moyenne sur base du coefficient de la droite de régression.
Calcul de la note irrigation
La note est calculée à partir de l'indicateur irrigation_mm (moyenne des 5 dernières années). La distribution des valeurs de cet indicateur pour les départements permet d'obtenir des seuils de référence : le minimum (min), le premier quartile (Q1), la médiane (Q2), et le troisième quartile (Q3). À partir de ces seuils les notes sont calculées comme suit :
si irrigation_mm = min alors note = 10
si irrigation_mm = Q1 alors note = 7.5
si irrigation_mm = Q2 alors note = 5
si irrigation_mm = Q3 alors note = 2.5
si irrigation_mm >= Q3 + 1.5 * (Q3 - Q1) alors note = 0
si irrigation_mm est entre 2 seuils, la note est calculée par interpolation linéaire
A titre indicatif en 2020 (ie moyenne 2016-2020) les valeurs des seuils sont : min=0, Q1=1mm, Q2=9mm, Q3=30mm, et Q3+1,5*(Q3-Q1)=85mm.
Pratiques d'irrigation : répartition des surfaces irriguées en fonction des types de cultures
Des indicateurs sur la répartition des surfaces irriguées en fonction des types de cultures sont présentés en complément des données de prélèvement.
Ces données sont calculées :
- essentiellement à partir de la source de données Pratiques d'irrigation (Agreste, 2010)
- en intégrant également les cultures de riz grâce aux données de Surfaces de riz (FranceAgriMer, 2021) . Cette distinction est intéressante car le riz est une culture fortement irriguée (hypothèse : 100% des surfaces de riz irriguées par irrigation gravitaire, ~ 20 000 m³/ha/an selon Climagri). Cette étape permet d’enrichir la classification Agreste du RA 2010 avec le type de culture “Riz”
- uniquement pour les échelles départementales et supérieures
Évaluation des volumes d'eau mobilisés pour l'irrigation gravitaire et non gravitaire
À partir de l'évaluation des volumes d'eau prélevés, des indicateurs de pratiques d’irrigation, et des coefficients ClimAgri d’irrigation par type de culture (cas France, onglet A5a), il est possible d'évaluer les volumes d'eau consacrés à l'irrigation gravitaire et non gravitaire :
- pour chaque département, à partir des surfaces irriguées (issues des indicateurs de pratiques d’irrigation) et des coefficients d’irrigation Climagri, on calcule un volume d’eau estimé pour l’irrigation gravitaire et irrigation hors gravitaire : irrigation_gravitaire_modelisee_m3 et irrigation_hors_gravitaire_modelisee_m3
- Ces valeurs estimées permettent d’obtenir à l’échelle des départements, régions et pays, 2 coefficients : part_irrigation_gravitaire et part_irrigation_hors_gravitaire
- Ces coefficients sont finalement appliqués à l’indicateur irrigation_m3 pour obtenir irrigation_gravitaire_m3, et irrigation_hors_gravitaire_m3
- Pour les territoires infra-départementaux, ce sont les valeurs part_irrigation_gravitaire et part_irrigation_hors_gravitaire du département qui sont utilisées
Ces indicateurs ne sont pas présentés dans l'application, mais ils sont utilisés par ailleurs, dans les calculs sur la dépendance à l'énergie pour l'irrigation.
Indicateurs de disponibilité de l’eau : les arrêtés sécheresse
Les arrêtés sécheresse sont pris au cours du temps sur l’ensemble du territoire français lorsque la disponibilité de la ressource en eau devient limitée. Ils permettent d’approcher l’état quantitatif de la ressource à travers le temps et l’espace.
L'indicateur principal utilisé pour représenter la disponibilité de l'eau est donc la part du territoire concernée par des mesures de restriction d’usage de l’eau. Cette approche est inspiré des pages 20-21 du rapport Eau et milieux aquatiques, Les chiffres clés Édition 2020 édité par le Service des Données et Études Statistiques (SDES) en partenariat avec l’Office français de la biodiversité (OFB).
Il est calculé à partir des Arrêtés sécheresses (Propluvia, 2012 à 2022) disponibles pour les années 2012 à 2022.
Calcul de la part de chaque territoire concernée par un arrêté sécheresse
Cet indicateur part_territoire_en_arrete_par_annee_mois donne pour chaque mois et chaque territoire la part du territoire (en superficie) qui a été concernée par un arrêté sécheresse de niveau “alerte” minimum impactant l’usage d’eaux superficielles.
Il est calculé via les étapes suivantes :
- Prétraitement des bases des arrêtés sécheresse et des géométries des zones d’alerte. Au vu de l'absence d'identifiant commun entre les 2 bases, un ID est construit sur base du code de la zone, son département, le type de zone (partie de l’id appelé catégorie de zone) et la superficie de la zone en hectares ;
- Calcul de l’intersection entre les géométries des communes et les géométries des zones d’alerte pour connaître la part de chaque commune contenue dans chaque zone d’alerte;
- Pour chaque jour et chaque commune, somme sur toutes les zones d’alerte concernées par un arrêté de niveau supérieur à “alerte” et de type “superficielle”, de la part de commune dans la zone d’alerte. Remarque : Un même jour, il peut arriver que plusieurs arrêtés, dont les zones d’alerte se recoupent, soient actifs. Un même morceau de territoire peut alors être comptabilisé plusieurs fois ce qui se traduit par une “part de la commune en zone d’alerte” supérieure à 1. Dans ce cas la valeur est ramenée à 1 ;
- Agrégation par mois en faisant la moyenne sur les différents jours composant le mois ;
- Agrégation aux niveaux supra-communaux par moyenne des valeurs des communes appartenant aux territoires, pondérée par la superficie des communes.
Calcul du taux d’impact des arrêtés sécheresse estivaux pour chaque année
Cet indicateur taux_impact_arretes_secheresse_pourcent permet d’évaluer l’impact estival annuel des arrếtés sécheresse, il est calculé en faisant la moyenne sur les mois de juillet et août sur chaque année.
Calcul d’une valeur moyenne sur les cinq dernières années
Le calcul de la moyenne sur les 5 années les plus récentes du taux d’impact estival permet de ramener les séries annuelles à une seule valeur et d’obtenir un indicateur taux_impact_arretes_secheresse_pourcent. Par souci de cohérence, la moyenne est calculée sur les mêmes années que l’indicateur irrigation_mm.
Calcul de la tendance du taux d’impact estival des arrếtes sécheresse sur les années considérées
Une régression linéaire sur les mesures de l'indicateur taux_impact_arretes_secheresse_par_annees_pourcent permet d’évaluer la tendance suivie par la série, que l’on peut ensuite exprimer en évolution moyenne sur base du coefficient de la droite de régression.
Calcul de la note sur l’impact des arrêtés sécheresse
La note est obtenue à partir des valeur de l’indicateur taux_impact_arrete_secheresse_pourcent de la manière suivante :
si taux_impact_arrete_secheresse_pourcent = 0% alors note = 10
si taux_impact_arrete_secheresse_pourcent = 100% alors note = 0
si taux_impact_arrete_secheresse_pourcent entre ces 2 seuils, la note est obtenue par interpolation linéaire
Calcul de la note globale pour la dépendance à l'eau
La note finale note_eau, exprimant la dépendance à la ressource eau pour l’irrigation est obtenue en faisant la moyenne de la note irrigation et de la note impact des arrêtés sécheresse :
note_eau = (note_irrigation + note_arretes_secheresse) / 2
Calcul de la note sur l’impact des arrêtés sécheresse
La note est obtenue à partir des valeur de l’indicateur taux_impact_arrete_secheresse_pourcent de la manière suivante :
si taux_impact_arrete_secheresse_pourcent = 0% alors note = 10
si taux_impact_arrete_secheresse_pourcent = 100% alors note = 0
si taux_impact_arrete_secheresse_pourcent entre ces 2 seuils, la note est obtenue par interpolation linéaire
Calcul de la note globale pour la dépendance à l'eau
La note finale note_eau, exprimant la dépendance à la ressource eau pour l’irrigation est obtenue en faisant la moyenne de la note irrigation et de la note impact des arrêtés sécheresse :
note_eau = (note_irrigation + note_arretes_secheresse) / 2
Les indicateurs de dépendance aux pesticides : QSA, NODU et NODU normalisé
Pourquoi des indicateurs sur l’utilisation des pesticides ?
Symboles de l’industrialisation des pratiques, les pesticides sont devenus indispensables à l’agriculture en France aujourd’hui. D’un point de vue agronomique, la grande homogénéité des systèmes agricoles et les faibles niveaux de biodiversité sauvage favorisent les « bioagresseurs » (insectes, champignons pathogènes, etc.) et limitent leur régulation naturelle. D’un point de vue économique, la concurrence internationale, le faible prix des marchandises agricoles et la non prise en compte des coûts sanitaires et environnementaux incitent mécaniquement les exploitations à maximiser les volumes de production à l’aide des pesticides. Si les pesticides, en tant qu’outils à disposition des agriculteurs pour faire face à la propagation brutale d’un bioagresseur, pourraient être perçus comme un facteur de résilience, la dépendance structurelle de notre modèle agricole à leur utilisation est au contraire source de vulnérabilité. Leur usage massif et systématique entretient un cercle vicieux qui les rend toujours plus indispensables : les bioagresseurs résistants sont naturellement sélectionnés et la toxicité des substances dégrade les fonctions de régulation remplies par les espèces sauvages. De plus, leur fabrication dépend de ressources fossiles en voie d’épuisement et est contrôlée par une poignée de multinationales en situation d’oligopole, plongeant les agriculteurs dans une situation de dépendance risquée au vu de l’augmentation des tensions économiques et politiques à venir.
Note : pour de plus amples détails sur la méthodologie utilisée, vous pouvez consulter le document d'élaboration de cet méthodologie .
Quantité de Substances Actives (QSA)
La Quantité de Substances Actives correspond à la quantité totale, en kg, de substances actives.
Les substances actives contenues dans les pesticides vendus sont classées selon leur niveau de toxicité. Avant 2015 la classification était la suivante :
- T, T+, CMR : substance toxique, très toxique, cancérogène mutagène reprotoxique
- N minéral : substance minérale dangereuse pour l’environnement
- N organique : substance organique dangereuse pour l’environnement
- Autre : autre substance
À partir de 2015 : les substances classées CMR 2 (supposés) sont intégrées dans la catégorie « T, T+, CMR » alors qu’elles étaient auparavant catégorisées « N organique ».
À partir de 2019 la nomenclature de la classification est modifiée :
- CMR : substance toxique, très toxique, cancérogène mutagène reprotoxique
- Santé A : toxicité aiguë de catégorie 1, 2 ou 3 ou toxicité spécifique pour certains organes cibles, de catégorie 1, à la suite d’une exposition unique ou après une exposition répétée, soit en raison de leurs effets sur ou via l’allaitement
- Env A : toxicité aiguë pour le milieu aquatique de catégorie 1 ou toxicité chronique pour le milieu aquatique de catégorie 1 ou 2
- Env B : toxicité chronique pour le milieu aquatique de catégorie 3 ou 4
- Autre : autre substance
Dose Unité (DU)
La DU, en kg/ha, correspond à la dose maximale applicable sur un hectare. Elle reflète en ce sens la puissance des substances actives.
Remarque : certaines substances n'ont pas de DU.
Nombre de Doses Unités (NODU)
Le NODU, en hectares, est calculé pour chaque substance active en faisant le ratio de la QSA avec la DU de la substance active. Le calcul du NODU permet donc de comparer et d'additionner des substances actives qui n'ont pas le même impact à quantité égale utilisée. La méthodologie de calcul est décrite au travers de celle du NODU normalisé ci-dessous.
N. B. : les substances sans DU n'ont de facto pas de NODU.
Nombre de Doses Unités normalisé (NODU normalisé)
Le NODU normalisé, grandeur adimensionnelle, est calculé en faisant le ratio entre le NODU et la surface agricole utile (SAU) totale du territoire. Il peut s'interpréter comme le nombre moyen de traitements par pesticides que reçoivent les terres agricoles du territoire, en tenant compte de la toxicité des produits employés. Il permet de faire des comparaisons entre territoires et/ou périodes temporelles différent(e)s.
N. B. : cet indicateur étant calculé à partir du NODU présenté plus haut, il ne tient compte que de certaines substances actives. De plus, étant calculé sur base de la SAU totale, il peut cacher des sur-dosages locaux.
Données d'entrée
Les indicateurs utilisent la base de données BNVD donnant les achats de produits phytosanitaires avec les Quantités de Substances Actives achetées (Office Français de la Biodiversité, 2015 à 2022) qu'ils contiennent par code postal de l'acheteur ; les Doses Unités des substances actives (Ministère de l'Agriculture, 2017 à 2024) ; et les Surfaces agricoles utiles issues du Recensement Agricole (Agreste, 2020) .
Méthode de calcul
Les étapes du calcul sont les suivantes :
- import des doses unitaires : utilisation des DU décrites dans les arrêtés de 2017 à 2024 en choisissant la version la plus récente par substance active.
- import des QSA par code postal acheteur et département sur l’ensemble des années considérées en incluant toutes les substances sauf celles appartenant à la classification Autre.
- calcul des NODU par substance via la formule NODU = QSA / DU. Il n’est donc disponible que pour les substances disposant d’une DU.
- calcul du QSA_avec_DU, QSA_sans_DU et NODU total (toutes substances confondues sauf classées Autre) :
- au niveau des communes : la répartition depuis le code postal vers les communes est faite au prorata de la SAU de chaque commune (cas des codes postaux couvrants plusieurs communes) ;
- au niveau des EPCI et des regroupements de communes (ex: PAT) : le calcul est fait par somme des résultats obtenus au niveau des communes ;
- au niveau des départements : les résultats sont directement importés des données départementales ;
- au niveau des régions et de la France métropolitaine : le calcul est fait par somme des résultats obtenus au niveau des départements.
- calcul du NODU_normalisé pour chaque année et chaque territoire (communes, EPCI, regroupements de communes, département, région, pays), via la formule : NODU_normalisé = NODU / SAU.
- calcul du QSA_avec_DU, QSA_sans_DU, du NODU et du NODU_normalisé de l’année n par moyenne sur les années n, n-1 et n-2.
Les résulats sont donc donnés :
- pour les EPCI, autres regroupements de communes (PAT, PNR..), départements, régions, France entière ; le tout hors DROM.
- en moyenne triennale (valeur année n = moyenne des années n, n-1 et n-2; e.g. 2019 correspond à la moyenne 2017, 2018 et 2019) ;
- toutes substances non classées Autre confondues.
Limites
La BNVD renseigne sur les achats de produits phytosanitaires, pas sur leur utilisation effective. En conséquence :
- les produits peuvent être utilisés ailleurs que le code postal d’achat renseigné, qui est lié à la domiciliation de l’acheteur (exemple des centrales d'achat, des exploitations agricoles dont le siège n'est pas localisé dans la même commune/EPCI que les parcelles) ;
- les achats peuvent concerner des produits de traitement des récoltes pour leur stockage (produits non épandus dans les champs) ;
- les achats peuvent concerner des produits à usage non agricole (services de voiries des mairies ou de la SNCF). Ces usages n'ont pu être exclus pour les raisons suivantes : 1. l’absence de données d’usage de la base ANSES pour de nombreux produits ; 2. l’usage mixte de nombreux produits (eg TOUCHDOWN FORET contenant du glyphosate utilisé par la SNCF : sur 22 usages, seuls 2 ont pour cible les voies ferrées) ;
- les substances actives peut se trouver dans des produits importés (semences, fourrages, aliments...).
Les produits peuvent être utilisés après l'année d'achat (effet de stockage). La moyenne triennale permet de lisser cet effet.
Toutes les substances actives ne sont pas prises en compte car les arrêtés d'où elles proviennent ne sont pas exhaustifs ou trop compliqués à appliquer exactement :
- ils référencent les substances via leur nom sans leur numéro CAS. Si l’orthographe est différente de celle utilisée dans la BNVD, la correspondance ne peut pas être réalisée hormis via un travail manuel chronophage. L’utilisation de la base de données des substances actives de l’ANSES (e-phy) qui contient pour chaque substance, un numéro CAS et des variants de noms ne peut être utilisée car pour certaines substances, les variants proposés ne correspondent parfois pas à la même molécule mais à une molécule de la même famille (e.g. glyphosate associé aux variants glyphosate sel monosodium | glyphosate sel de diméthylamine | glyphosate sel d'ammonium [...]) qui n’a peut être pas forcément la même DU. Pour pallier à ces limites, le choix a été fait d'exclure les substances classées dans "Autre", car c'est le groupe pour lequel il manque le plus de DU. Une partie des achats n’est donc pas prise en compte, ce qui a pour conséquence de sous-estimer les valeurs de NODU.
- depuis l'arrêté de 2021, une distinction entre usages pour/hors traitement de semences est faite pour le calcul des doses unités. Cependant, comme on ne peut pas toujours distinguer les substances actives selon leur usage (un produit peut être utilisé pour les deux usages) et que leur usage ne représente que 0,6% des quantités vendues en 2022, il a été décidé de ne pas utiliser les doses unités pour l'usage de traitement de semences.
- depuis l'arrêté de 2023, une distinction entre substances approuvées et non approuvées est faite. Les doses unités de toutes les substances sont cependant retenues.
La SAU utilisée inclut les prairies permanentes qui sont pourtant les surfaces sur lesquelles sont peu épandus de pesticides. Cependant, aucune donnée fiable et complète n’est disponible : le recensement de 2010 ne donne pas les valeurs pour toutes les communes du fait du secret statistique ; le RPG sous-estime les surfaces agricoles en général, notamment les zones viticoles fortes consommatrices de pesticides. Le choix a été fait d’utiliser la SAU totale issue du recensement agricole 2020 qui est exhaustive pour les communes. Quand les données plus détaillées du RA 2020 seront publiées, il sera possible de retirer la SAU toujours en herbe pour les communes non soumises au secret statistique.
Malgré les limites décrites ci-dessus, cette approche présente l'avantage de se baser sur des quantités réelles de produits vendus.
D'autre initiatives intéressantes existent sur le sujet, nous vous invitons notamment à consulter la carte Adonis produite par SOLAGRO sur la base d'une méthodologie différente.
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Calcul de la note globale pour la dépendance aux pesticides
La note est basée sur l'indicateur NODU_normalisé. La distributions des valeurs de cet indicateur pour les départements permet d'obtenir le seuil du troisième quartile (Q3), pour calculer la note comme suit :
si NODU_normalisé = 0 alors note = 10
si NODU_normalisé = 1 alors note = 5
si NODU_normalisé > max(Q3, 2) alors note = 0
si NODU_normalisé entre ces seuils, la note est obtenue par interpolation linéaire
si NODU_normalisé = 1 alors note = 5
si NODU_normalisé > max(Q3, 2) alors note = 0
si NODU_normalisé entre ces seuils, la note est obtenue par interpolation linéaire
Évaluation globale du maillon Intrants
La note finale du maillon Intrants est obtenue en faisant la moyenne des notes énergie, eau et pesticides :
note_intrants = (note_energie + note_eau + note_pesticides) / 3