Municipales 2026 : comment nourrir les programmes et les débats

Santé, économie, paysages, lien social… : l’alimentation est un puissant levier d'amélioration de la qualité de vie dans les territoires. À travers ce décryptage, nous espérons aider citoyens, candidats et élus à prendre la mesure des possibilités qui s’offrent aux communes pour agir sur notre agriculture et notre alimentation, et à faire des choix éclairés. Alors, à table ?
À l’échelle nationale
10 min
Marché devant hôtel de ville
En résumé
Les points à retenir
  • Les élections municipales sont un rendez-vous décisif si l’on veut construire des territoires plus justes et à la hauteur des grands bouleversements en cours (climatique, géopolitique…).
  • La politique alimentaire d'une commune ne se résume pas à la cantine : elle touche à la qualité de vie et à la santé des habitants, à l'identité du territoire et à ses paysages, au dynamisme social et économique... C'est un sujet transversal qui implique l’ensemble des services municipaux.
  • Transformer notre système alimentaire pour le rendre plus durable et juste n'entraîne pas forcément de surcoût. À terme, c'est même l'inaction et le maintien du modèle agro-industriel qui vont nous coûter de plus en plus cher (pollution de l'eau, maladies liées à l'alimentation et à l’épandage de pesticides, conflits d'usages...).
  • Les communes ne peuvent pas tout, mais elles sont bien placées pour agir.
  • À l’heure où les Français s’inquiètent de la hausse des prix, de notre exposition aux pesticides, du sort des agriculteurs et de l’urgence climatique, l’alimentation peut être une boussole pour les élus, un langage commun (et trans-partisan) avec les habitants et un véritable terrain d’exploration démocratique.

Aux urnes, mangeurs, à table, citoyens !

CHAPITRE 1
À l’approche des élections municipales de 2026, l’alimentation pourrait bien être, comme souvent, le parent pauvre des débats. Et pourtant : rien de plus quotidien, concret et fédérateur que manger.
Autour de l’alimentation, il est encore possible d’espérer réconcilier fin du monde et fin du mois :
  • D’un côté, les questions agricoles et alimentaires font écho à la plupart des sujets qui préoccupent aujourd’hui les habitants : pouvoir d’achat, santé, emploi, qualité de vie, lien social, etc.
  • De l’autre, ce sont notre sécurité alimentaire et notre résilience collective qui sont en jeu dans un futur très proche. Les candidates et candidats à cette mandature (et à toutes les suivantes) portent une responsabilité majeure : anticiper des perturbations déjà prévisibles. Le climatologue et membre du GIEC Christophe Cassou le rappelle : la canicule meurtrière et la sécheresse dévastatrice de 2003, longtemps considérées comme exceptionnelles, deviendront courantes dès 2030[1].
Bonne nouvelle : les communes ont de nombreux leviers en main.
Zones agricoles protégées, baux ruraux environnementaux, clauses sociales et environnementales dans les marchés publics, soutien aux circuits courts, caisses communes de l’alimentation… Si l’alimentation n’est pas une compétence municipale stricto sensu, tous les maillons du système alimentaire peuvent concrètement être soutenus et transformés à l’échelle communale.
Deuxième bonne nouvelle en ces temps de crise : ces mesures ne sont pas forcément plus coûteuses pour le contribuable.
De nombreuses communes l’ont déjà démontré, comme Mouans-Sartoux, Margny-les-Compiègne ou encore Questembert[2] dans le cas des cantines municipales. Ces trajectoires sont à portée de main. Leur point commun ? Elles reposent moins sur des moyens financiers supplémentaires que sur une volonté politique claire, une gouvernance démocratique et une vision de long terme qui dépasse les échéances électorales.
Ultime bonne nouvelle : la transition alimentaire locale peut représenter un vrai cap pour redynamiser la ruralité[3], et son impact est potentiellement immense à l’échelle du pays.
La moitié des émissions de gaz à effet de serre sont directement liées aux décisions prises par les collectivités territoriales[4]. Et les dépenses des collectivités dédiées au système alimentaire (principalement sur le volet restauration scolaire, qui constitue un marché public structurant[5]) atteignent un niveau équivalent aux aides financières de la PAC à la production agricole française.
Autrement dit : si la PAC européenne a fortement influencé le système alimentaire français d’hier, les collectivités, communes en tête, sont bien placées pour façonner celui de demain, plus durable et résilient.
L’avenir peut être radieux, à condition de mettre l’assiette au centre de la table du débat public en 2026 !
Les
11 défis
à relever
selon Territoires Fertiles
du champ...
...à l'assiette

Agir ici et maintenant, ce que peuvent nos élus

CHAPITRE 2
On scrute les plans du ministère de l’agriculture et les budgets de la PAC, en oubliant souvent que les premières décisions concrètes concernant l’agriculture et l’alimentation sont prises par les communes et les intercommunalités, dont nous élisons les nouvelles équipes cette année. Elles prennent des décisions aussi concrètes que stratégiques, comme la gestion du foncier agricole, la protection de l’eau ou encore la restauration scolaire.
Bon à savoir
Lors des municipales, on n'élit pas seulement la figure familière du maire. On élit le conseil municipal, ainsi que des représentants dans les intercommunalités (c'est-à-dire les métropoles, communautés urbaines, communautés de communes...)[6]. Les programmes des listes candidates portent donc sur l'ensemble des compétences municipales et intercommunales.

01 Alimentation locale et santé publique : prévenir plutôt que guérir

Si vous entendez parler de santé dans un programme, regardez si l’alimentation y est prise au sérieux. Une alimentation insuffisante, en quantité ou en qualité, coûte cher à la société : plus de 12 milliards d’euros par an sont consacrés au traitement de maladies évitables[7] liées à l’alimentation, soit la moitié du déficit de la Sécurité sociale[8] !
La mobilisation inédite contre la loi Duplomb en 2025 l’a montré : les citoyens attendent des élus une prise de position claire et urgente sur l’exposition aux pesticides, pour retrouver confiance dans leur alimentation (voir le décryptage Pesticides ou le décryptage Impacts des pratiques agricoles).
Dans ce contexte, la cantine scolaire est l’un des investissements les plus concrets à portée des communes : 9 millions d’enfants y déjeunent chaque semaine[9]. Ce repas « avec les copains et les copines » est un moment clé d’égalité. Avec un tarif progessif et des produits de qualité, la cantine devient un outil puissant en matière de santé publique, de justice sociale et d'écologie. Et cela, on le sait peu, sans nécessairement coûter plus cher au contribuable.
Elle influence aussi les habitudes alimentaires des familles au travers des enfants et, parce qu’elle constitue une commande publique importante, elle peut entraîner l’ensemble du système alimentaire local vers plus de durabilité. Ce changement culturel est déjà une réalité dans de nombreuses communes, parfois depuis plus de vingt ans.
Mais la cantine n’est qu’un point de départ : entre la protection de l’environnement et l’accès à une alimentation saine et durable, les communes ont de multiples cartes en main pour remettre de la santé dans l’assiette.
Les compétences de ma commune ou intercommunalité
Alimentation et Santé
Pour agir sur la santé publique en amont du système de soin, les communes et intercommunalités disposent des compétences adaptées pour :
  • Développer une offre alimentaire bonne pour la santé en mobilisant la commande publique : application voire dépassement de la loi EGAlim dans les cantines (produits durables et labellisés, part de bio, menus moins carnés, lutte contre le gaspillage, substitution des plastiques), gestion d’intérêt général (intégration de clauses environnementales dans les marchés publics, reprise en régie…), formation des personnels nourriciers (cuisiniers, agents de cantine, animateurs) en nutrition, durabilité et santé publique…
  • Préserver la santé environnementale et réduire les pollutions : protection des aires d'alimentation de captage en eau potable, soutien à l’agroécologie (paiements pour services environnementaux…), inventaire de la biodiversité communale, protection du foncier agricole et des sols vivants, soutien financier ou foncier aux projets alimentaires durables…
  • Réduire les inégalités sociales de santé par l’alimentation : tarification sociale de la cantine scolaire, caisse commune ou expérimentation de sécurité sociale de l’alimentation, conseil local de l’alimentation, épiceries sociales, portage de repas à domicile, ordonnances vertes (notamment pour les femmes enceintes), dispositifs d’aide alimentaire et autres projets coordonnés avec les acteurs associatifs et sociaux…
  • (Dés)influencer l’environnement alimentaire et les comportements : révision du Règlement local de publicité pour limiter la promotion de produits néfastes à la santé, actions d’éducation et de sensibilisation, fermes pédagogiques, jardins partagés, programmation culturelle, gastronomique et festive pour rendre l’alimentation durable désirable…
Ces communes le font déjà !

02 Relocaliser l’alimentation, la recette de l’égalité

En France aujourd’hui, 1 agriculteur sur 5 vit sous le seuil de pauvreté[10], tandis qu’1 enfant sur 4 ne mange pas 3 repas par jour[11]. Notre système alimentaire actuel, pourtant soutenu par les 9 milliards d’euros de la PAC[12], fragilise à la fois celles et ceux qui produisent, et celles et ceux qui mangent (voir le décryptage Agriculteurs ou le décryptage Accessibilité de l'alimentation).
Face à un système agro-industriel mortifère, l’alimentation locale issue d’une agriculture agroécologique et nourricière, est une alternative crédible et désirable.
En privilégiant ce modèle, les communes peuvent faire (re)vivre des filières économiques entières, avec des emplois non délocalisables, pérennes, porteurs de sens et accessibles aux personnes les plus éloignées de l’emploi. En relocalisant l’alimentation, c’est aussi le lien social qui se renforce, la qualité de vie qui s’améliore, et la fierté d’habiter un territoire qui se ravive.
Et si les mesures proposées en matière d’alimentation étaient le vrai plat de résistance sociale des programmes électoraux ?
Les compétences de ma commune ou intercommunalité
Alimentation et vie locale
De la fourche à la fourchette, les communes et intercommunalités peuvent soutenir un tissu économique local riche et lutter contre les inégalités via les leviers d'actions suivants :
  • Soutenir l’insertion et l’emploi par la transition alimentaire locale : soutien aux chantiers et entreprises d’insertion agricoles et alimentaires, intégration de clauses sociales dans les marchés publics, aide au développement d’activités de réparation du matériel agricole, de transformation et/ou de logistique via la commande publique ou la mise à disposition de foncier ou de locaux communaux…
  • Soutenir un modèle agricole nourricier : mise à disposition de terres agricoles, création (ou soutien) de coopératives foncières et d’espaces-tests agricoles, valorisation des friches, aides à l’installation paysanne et à l'agriculture biologique…
  • Redynamiser les centres-bourg des zones rurales et périurbaines grâce aux circuits courts : soutien à l’installation et au maintien d’ateliers, de légumeries, d’abattoirs de proximité, de commerces alimentaires de proximité, de marchés, de restaurants, de tiers-lieux nourriciers…
  • Renforcer le lien social et l’égalité par l’alimentation : tarification sociale de la cantine scolaire, caisses communes / sécurité sociale de l’alimentation, épiceries sociales, cuisines partagées…
Ces communes le font déjà !

03 (A)ménager le territoire et préparer l’avenir

Tous les dix ans, l’équivalent d’un département disparaît sous le béton[13]. Les ressources naturelles s’épuisent, les paysages nourriciers s’effacent. Le coût de l’inaction ? Une dépendance aux ressources extérieures qui s'accroît, des inégalités qui se creusent, des sols qui s’épuisent et des pollutions qui s’accumulent. Une dette croissante que l’on lègue aux générations futures.
Face au retard de l’action climatique nationale reconnu par le Haut Conseil pour le Climat[14], l’adaptation ne pourra pas venir uniquement d’en haut. Les communes ont un rôle clé à jouer. Si ces dernières ne peuvent pas tout, elles constituent le premier échelon capable de s’adapter concrètement aux différentes crises climatique, géopolitiques, sanitaires (voir le décryptage Climat et autres crises, le décryptage Autonomie alimentaire ou le décryptage Dépendances aux ressources et aux technologies).
Examiner les propositions sur l’aménagement, le foncier, l’eau et la biodiversité dans les programmes permet de lire entre les lignes quel avenir y est défendu : des terroirs vivants et nourriciers, ou des territoires vulnérables et dépendants ?
Les compétences de ma commune ou intercommunalité
Alimentation et crises globales
Un programme municipal qui prend la mesure des bouleversements à l'œuvre doit faire de l’alimentation un pilier de sa politique d’aménagement du territoire. Pour cela il peut mobiliser les compétences suivantes, en articulation avec l’intercommunalité et les autres échelons :
  • Protéger les ressources vitales et le foncier nourricier dans une logique de sécurité alimentaire : protection des aires d'alimentation de captage en eau potable, préservation des sols et de la biodiversité, baux ruraux environnementaux sur le foncier communal, soutien à la plantation de haies, maintien des zones humides, clauses environnementales dans la commande publique, demande ou appui à la création de zones agricoles protégées, aide à l’installation paysanne…
  • Inscrire l’alimentation dans les choix structurants d’aménagement du territoire, une compétence historique des communes, partagée avec différents échelons : intégration des enjeux alimentaires dans les documents de planification territoriale (PLU(i), SCoT), intégration des risques alimentaires dans le diagnostic des risques et scénarios de rupture (DICRIM), participation active aux projets alimentaires territoriaux (PAT), au plan climat (PCAET), aux dispositifs de protection foncière ou environnementale (PAEN, PSE…), au schéma d’aménagement et de gestion de l’eau (SAGE)…
  • Renforcer l’autonomie des territoires et réduire la dépendance aux intrants, à l’énergie et aux transports en rapprochant production, transformation et consommation : gestion du foncier (mixité des usages habitation, agriculture, commerces ; limitation de l’étalement urbain ; protection et développement de zones agricoles proches des habitations), maintien et renouvellement de l’activité agricole locale (aides à l’installation paysanne, fermes communales…), développement d’activités de réparation du matériel agricole et de maisons des semences paysannes, soutien aux ateliers de transformation et au commerce alimentaire de proximité, économie circulaire avec la collecte et réemploi des urines pour fertiliser les terres…
Ces communes le font déjà !

Que pouvez-vous faire à votre échelle ?

CHAPITRE 3
Tout le monde peut jouer un rôle pour faire de l’alimentation un des sujets phares des prochaines municipales ! Selon l’une ou l’autre de vos casquettes, voici quelques actions à entreprendre que Territoires Fertiles peut vous aider à accomplir.

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Menaces et enjeux pour la sécurité alimentaire en France
En France, comme dans la plupart des pays industrialisés, la sécurité alimentaire est souvent considérée comme acquise de longue date. Plusieurs faits majeurs mettent toutefois ce récit en défaut, si bien que celle-ci est en réalité loin d’être atteinte et pourrait même se voir définitivement compromise sans changement rapide de trajectoire.