Les agriculteurs qui développent des systèmes agroécologiques nous montrent qu’il n’y a pas d’obstacles techniques infranchissables et que
ces modèles sont viables en plus d’être autonomes et économes[10]. Pourtant, le passage à l’échelle ne va pas de soi. Quand bien même des agriculteurs souhaiteraient faire évoluer leurs pratiques,
leurs marges de manœuvre réelles dans le contexte économique et politique actuel sont bien souvent limitées[11]. Parmi les nombreux obstacles, nous pouvons citer :
- la dépendance à des engagements, des décisions et des investissements passés qui conditionnent la stratégie de l’entreprise agricole pour plusieurs années ;
- le manque à gagner lié à certaines pratiques comme la diversification des cultures ou la réduction des intrants, faute de valorisation suffisante des productions (prix qui ne compensent pas la baisse des rendements, débouchés incertains ou peu rémunérateurs pour certains produits) ;
- des modèles agroécologiques et des références techniques trop peu présents dans l’environnement professionnel et informationnel ;
- un contrôle social plus ou moins strict[12].
Dans ce contexte défavorable à l’agroécologie, les injonctions à s’y conformer peuvent avoir des effets totalement contre productifs en venant nourrir un sentiment d’impuissance, voire de ressentiment. Il est toutefois possible de proposer un nouveau cadre où l’adoption des pratiques agroécologiques deviendrait une véritable opportunité économique. Au niveau national, la mise en place d’une sécurité sociale de l’alimentation répond à cet enjeu en ouvrant des débouchés garantis et rémunérateurs aux producteurs qui s’engagent dans une transformation de leur système (cf
décryptage Accessibilité de l'alimentation).
La prise en charge financière par la puissance publique des investissements devenus obsolètes (ou actifs échoués) fait également partie des leviers à mobiliser[13]. Au niveau européen, l’harmonisation du commerce international, avec entre autres la mise en place de
mesures-miroirs, est indispensable pour éviter des distorsions de concurrence liées aux produits importés.