Notre dépendance critique au pétrole pour le bon fonctionnement des flux agricoles et alimentaires risque de nous jouer quelques mauvais tours. Anticipons une réduction des capacités de transport avant que les contraintes physiques et géopolitiques ne s’en chargent pour nous ! L’objectif peut être résumé ainsi : ne pas faire venir de loin la nourriture qui pourrait facilement être produite à proximité, en cherchant en priorité à assurer un auto-approvisionnement minimum pour les produits de base. Cela signifie concrètement développer des filières de proximité pour transformer et écouler localement les produits agricoles et diversifier les productions si nécessaire.
Facile à dire… Le processus de spécialisation procède par effets de cliquet et il est très difficile de revenir en arrière une fois certains seuils dépassés. Allez convaincre des cultivateurs beaucerons de relancer l’élevage sans vétérinaires, inséminateurs, techniciens spécialisés, vendeurs de matériel, laiteries, abattoirs. Allez dire à un agriculteur alsacien de remplacer une partie de son maïs par des haricots rouges, du pois chiche, ou des légumes de plein champ, sans variétés ou matériel adaptés, sans techniciens ou voisins pour le conseiller, sans garantie sur les rendements et sur les débouchés, le tout pour plus de travail et une rentabilité plus faible.
Les initiatives de diversification avec transformation à la ferme et vente directe peuvent être les germes d’une future transformation, mais le changement d’échelle nécessite davantage de moyens et de planification. Les collectivités territoriales peuvent jouer un rôle majeur grâce à la commande publique et à leur compétence en matière de développement économique. Pour aller plus loin, il faut garantir aux producteurs des débouchés rémunérateurs. La mise en place d’une sécurité sociale de l’alimentation répond à cet enjeu au niveau national (cf
décryptage Accessibilité de l'alimentation). Au niveau européen, nous pouvons mobiliser les outils de la PAC (aides couplées, prix garantis), sans oublier d’harmoniser les règles de commerce international pour éviter des mises en concurrence déloyales.