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Édito

Table étoilée vs. frigo vide : le grand écart (g)astronomique français

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Le repas gastronomique français est reconnu par l’Unesco comme patrimoine immatériel de l'humanité. Mais de repas, près d’un enfant sur quatre en manque en France aujourd’hui (avec moins de trois repas par jour). En ces lendemains de fêtes, le contraste est encore plus saisissant, quand le budget d’un repas de réveillon des uns équivaut parfois au budget alimentaire mensuel des autres.

 

Notre culture culinaire porte aux nues le bien manger et le terroir, cet attachement physique et culturel au territoire. « Cuisiner, c’est partager le bonheur de vivre dans un endroit », dit le chef Olivier Roellinger. Mais, du restaurant étoilé au repas quotidien chez soi, en passant par la cantine de l’école ou la brasserie de quartier, il y a mille manières de prendre les repas - y compris de les bricoler ou de les sauter, faute de moyens.


La table est un lieu où s’expriment concrètement les inégalités et les violences qu’elles engendrent – celle d’avoir trop honte de son frigo pour recevoir chez soi, de ne pouvoir nourrir ses enfants correctement… mais c’est aussi autour de la table que les solidarités peuvent se retisser, autour du partage d’un repas – cet acte universel que les anthropologues appellent «icommensalitéi».


Cantines solidaires, épiceries sociales, tiers-lieux nourriciers, expérimentations de sécurité sociale alimentaire … Autant d’initiatives prennent vie localement pour que bien manger cesse d’être un luxe.

 

 

Lan Anh, pour Territoires Fertiles

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Les chiffres parlent

Sait-on seulement les écouter ?

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  • 40 ans - c’est l’âge des Restos du Coeur. L’association créée par Coluche était censée répondre à une crise temporaire. Elle sert aujourd’hui 20 fois plus de repas qu’à sa création.
  • 31 % des Français ont des difficultés à se procurer une alimentation saine en quantité suffisante pour faire 3 repas par jour. Les femmes et les jeunes sont surreprésentés.
  • 105 initiatives locales de démocratie alimentaire sont recensées. La plupart sont des expérimentations de sécurité sociale de l’alimentation où les mangeurs reprennent la main sur leur environnement alimentaire.
  • 7 : partager des repas est un des 7 facteurs-clefs de bonheur, selon un rapport sur le bonheur dans le monde (aux côtés des liens sociaux, de la confiance ou de la taille du foyer).
  • 84 % des Français considèrent la gastronomie comme un art, au même titre que la peinture ou la musique.
  •  N°1 : une alimentation inadaptée est le 1er facteur de risque de mauvaise santé en France.


Voilà pour les chiffres. Pour prendre du recul sur la question, lisez notre décryptage : la nourriture est-elle réellement accessible à toutes et à tous en France ?

Lire le décryptage 'Accessibilité'
sur TerritoiresFertiles.fr
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Un chiffre local

Le début du chemin pour changer le monde

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Votre territoire est-il touché par la précarité alimentaire ?

Découvrir la carte
'Précarité alimentaire'
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Au delà des chiffres

Désirer la résilience alimentaire

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On a posé deux questions à Hélène Tavera, ancienne journaliste gastronomique engagée, co-fondatrice du tiers lieu Quartier Libre à Paris, une cantine et cuisine partagée de quartier.

Quel territoire avez-vous eu envie de chercher en premier sur TerritoiresFertiles.fr ? Racontez-nous votre lien à ce lieu, ses paysages, sa culture, son histoire, son alimentation. 
 

J’ai envie de chercher mon quartier, la Goutte d’Or à Paris… donc je vais entrer la Seine Saint Denis, le département voisin aux problématiques proches : une grande précarité alimentaire, peu de terres agricoles, et quelques initiatives qui restent anecdotiques. Dans ces quartiers, l’accès aux denrées brutes de qualité est difficile pour les personnes en précarité – et en réalité, pour tous les Parisiens et les Franciliens. Par exemple, les marchés sont gérés en concession et la plupart des denrées viennent du marché de Rungis, sans considération particulière pour l’aspect local, le goût ou la manière dont elles ont été produites.


L’action pour une alimentation durable et la lutte contre la précarité alimentaire sont souvent traitées séparément, alors qu’elles sont indissociables. Toutes les études montrent que tout le monde veut bien manger ! Chez Quartier Libre, on distribue par exemple des légumes bios en circuit court aux personnes hébergées en hôtel social, en partenariat avec l’Armée du Salut et la mairie de Paris. C’est une population nombreuse sur notre territoire, souvent invisibilisée, alors que ce sont des habitants comme les autres.


Au restaurant associatif, on s’approvisionne auprès d’une AMAP, on achète de la viande de qualité auprès des commerces locaux et on propose un menu végétarien par semaine. On a fait goûter des blettes à des personnes d’origine sub-saharienne qui les intègrent désormais à leurs recettes, car leur goût rappelle un légume feuille de leur pays d’origine ! Les meilleurs ambassadeurs du changement de pratiques, ce sont les mangeurs contents.


La culture culinaire de la Goutte d’Or est très riche, c’est un quartier multiculturel où bien manger, c’est important, même si la proposition culinaire est souvent peu durable. On veut partir de ce que les gens savent, de leur patrimoine culinaire et les amener à s’approprier ce qui est disponible ici pour mieux manger – car en plus du bilan carbone, les denrées exotiques sont chères. Comment rend-on un couscous plus durable par exemple ? On se pose ce type de questions.

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Si vous ne deviez citer qu'un seul livre, une personne à suivre, une œuvre d'art pour prendre conscience de l'enjeu de la précarité alimentaire ?


Je pense à un livre de George Orwell, Dans la dèche à Paris et à Londres (Gallimard 2025). Il se passe il y a 100 ans et on y retrouve pourtant les problématiques d’aujourd’hui ! Comment bien se nourrir quand on vit à l’hôtel, qu’on a des boulots merdiques et pas de quoi se payer à manger ? Orwell a fait plein de petits boulots, il a été plongeur, il vivait dans des hôtels crasseux, il parle de ce qu’il vit et voit.


Ça me glace le sang que ce qu’il décrit persiste, qu’en France au XXIe siècle, on ne puisse pas prendre soin des plus vulnérables. Les pouvoirs publics prennent leur quote-part, mais les moyens ne sont pas à la hauteur des enjeux, et ça risque de ne pas aller en s’arrangeant.


La question, c’est qui va payer pour prendre soin de ces gens ? Il y a des risques à grande échelle, des questions de santé publique. On sait qu’un Français sur deux est en surpoids aujourd’hui, que l’obésité progresse très rapidement. Les enjeux de l’accès à une alimentation saine sont énormes.


D’une certaine manière, la COVID nous a aidés, en rendant visible l’invisible : la précarité alimentaire de proximité, ces personnes qui crevaient la dalle à côté de nous. Chez Quartier Libre, on a décidé d’accepter de faire du don alimentaire, même si ce système est loin d’être parfait, parce que nous distribuons des denrées brutes : nous militons en effet pour une alimentation choisie. On milite aussi pour la sécurité sociale de l’alimentation, ça ne résoudra pas tout, mais c’est un jalon.

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📍Montpellier

Un territoire fertile qui nous inspire

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La ville mène une expérimentation de sécurité sociale de l’alimentation ambitieuse, documentée par un programme de recherche-action

Crédit photo : site tav-montpellier.xyz

500 foyers volontaires participent à l’expérimentation débutée à Montpellier en 2022. Ils cotisent entre 1 et 180 euros par mois et reçoivent en échange entre 100 et 220 monas, une monnaie locale créée pour l’occasion qu’ils peuvent utiliser dans des points de vente choisis par un comité citoyen. La réduction de la précarité alimentaire est documentée : accès à des produits de meilleure qualité, mais aussi réduction du stress de fin de mois et amélioration de la vie sociale, grâce au retour d’une convivialité autour de la table. Une initiative inspirante à lire sur Carenews.

Découvrir d'autres initiatives
inspirantes sur TerritoiresFertiles.fr
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Les bons liens

Pour aller plus loin sur le sujet

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🪞 Miroir, dis-moi quoi manger · Un chef étoilé et un sociologue se demandent ce que signifie « bien manger ». Écouter sur France Culture (28’) 


🌭 Alimentation low cost : bas coûts, gros piège · Lien entre alimentation, santé et pauvreté, droit à l’alimentation, souveraineté alimentaire… une analyse limpide d’O. de Schutter, rapporteur spécial de l’ONU. Lire sur le site du Secours Catholique


🍽 All by myself · Manger seul ou accompagné : une réflexion sur la sociabilité alimentaire. Écouter le podcast Bouffons (24’)


👛 Renverser la table · Le Secours Catholique Caritas et Action contre la faim donnent la parole aux personnes dans la précarité alimentaire et donne à vivre un morceau de leur quotidien. Voir le court métrage (14’)


⭐️ L’étoilé des exclus · Au Refettorio, un restaurant logé sous la Madeleine à Paris, de grandes cheffes et chefs se relaient pour servir gratuitement des personnes sans abri. Lire dans l’Humanité


🍳 Cuisiner, sur place ou à la maison ? · Un tiers lieu dédié à l’alimentation à Villeurbanne fait café et cantine de quartier, mais aussi cuisine et salle à manger partagées pour accueillir des familles qui n’en ont pas. Lire dans Rhizome (p.6-7)


👬 Tous bien manger, une utopie ? · Une anthropologue, des représentants de l’assurance maladie, de la restauration collective et de la caisse commune de l’alimentation de Montpellier en débattent. Écouter sur France Inter (42’)

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📅 Agenda

• 8 janvier, Paris (75) et en ligne : séminaire «iL’INRAE emmuré ; les relations entre le monde agricole et le monde scientifique », RogueESR

• 13 janv, Paris (75) et en ligne : conférence « Les municipalités face à la régulation de la publicité », Institut Veblen et Le Basic

• 15 janvier, en ligne : webinaire « PACTE Bio Municipales : engagez-vous pour plus de bio dans la campagne », FNAB

• 16 janvier, en ligne : atelier « Les élections municipales : enjeu fort de mobilisation pour accélérer les transitions alimentaires », Du vote à l’assiette

• 20 janv, En Breuille (71) : visite d'une ferme engagée, Terre de Liens

• 21 janv, en ligne : webinaire d’information sur le Mastère spécialisé IPAD (Innovations et Politiques pour une Alimentation Durable), Agro Montpellier

• 22 janv, Paris (75) : formation « Piloter la transition du système alimentaire de son territoire avec la boussole de durabilité », Basic

• 27 janv, en ligne : webinaire de présentation de Territoires Fertiles

• 29 janv, Palaiseau (91) : journée annuelle du laboratoire VivAgriLab, « L'adaptation au changement climatique », Terre & Cité

• 29 janv, en ligne : webinaire « Du four banal au four communal au four communautaire, le four à pain réinventé », Céréalocales

• 3 fév, Paris (75) : rendez-vous de la restauration collective durable, AgriParis Seine

• 3 fév, en ligne : webinaire « Agir sur le foncier agricole de ma commune », Terre de Liens

• 6 fév, Montpellier (34) : 15e colloque « Manger - Que d'émotions ! », Chaire Unesco Alimentations du monde

• 28 fév, Bassin Loire-Bretagne : date limite de dépôt pour l'appel à projet

« Paiements pour services environnementaux sur le bassin Loire-Bretagne »

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Notre prochain webinaire

Mardi 27 janvier 2026 · 9h30 · Gratuit (1h)

Tous les deux mois, on vous propose un tutoriel interactif de la plateforme en visioconférence.
L'occasion de découvrir les nouveautés, poser vos questions et donner votre avis. Une heure pour tout savoir sur le système alimentaire de votre territoire !

S'inscrire au webinaire
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Dans les cuisines

De TerritoiresFertiles.fr

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Le web opensource, c'est une aventure humaine qui se co-construit avec vous.

🍽️ C'est prêt !

  • Le parcours “Agir” tout juste sorti fin novembre s'améliore : pertinence des recommandations de défis, ajout de fiches actions et d’initiatives inspirantes, qualification des actions par niveau de simplicité et d’efficacité, renvois vers la méthodologie...
  • Suite à de nombreux retours, nous avons modifié notre méthodologie de calcul de la part de la SAU bio ; nous nous basons désormais sur la surface du recensement parcellaire agricole (RPG).
  • Nous avons modifié l'indicateur d'artificialisation des sols pour le mettre en lien avec les objectifs fixés par la loi Climat et Résilience. 
  • Nous avons aussi facilité l'impression du diagnostic flash.
  • Enfin, nous avons mis à jour le référentiel des communes avec les données 2025

🍳 C'est sur le feu...

Nous concoctons un décryptage en vue d’éclairer les enjeux agricoles et alimentaires des prochaines élections municipales. Nous travaillons également à une refonte graphique du diagnostic flash.

 

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de TerritoiresFertiles.fr
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🗃 Les sources des chiffres qui parlent (et de l'édito)
• Les Restos du coeur, restosducoeur.org

• Baromètre de la pauvreté et de la précarité, Secours Populaire & Ipsos, 2025

• Précarité alimentaire : 16 % de la population française touchée, Vie Publique, 2025

• Prévenir et lutter contre la précarité alimentaire, Conseil National de l'Alimentation, avis n° 91, 2022

• Cartographie et premiers éléments d'analyse autour des expériences locales inspirées de la sécurité sociale de l'alimentation, Let's Food, 2025

• World Happiness Report, Université d'Oxford, 2025

• Les nouvelles attentes des Français en matière de restauration, Enquête Ipsos, 2024

• Vers une alimentation durable : un enjeu sanitaire, social, territorial et environnemental majeur pour la France, Rapport d'information au Sénat n°476, 2020

• Près de 20 000 enfants et adolescents révèlent des inégalités et un sentiment d'exclusion sociale préoccupant, Unicef, 2024

• Entretien avec Bérengère Fagart et Olivier Roellinger, Big Bang dans l'assiette, Le Monde Hors série juil-sept 2025

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Territoires Fertiles est développé par les Greniers d’Abondance, en partenariat avec la Banque des Territoires, le Basic, la Fédération Nationale d’Agriculture Biologique (FNAB) et Terre de Liens. Il est financé par l'ADEME, la Banque des Territoires, la fondation Carasso et la fondation de France.


Cette newsletter a été concoctée avec l'aide d'une batterie de goûteurs-relecteurs : Soumaya El Bakkali a posé les bases du menu et y a mis son grain de sel.

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